Par Nadège Maréchal – L’Îlot des Émotions, Cholet
Les devoirs commencent. Le cahier est ouvert, mais quelques minutes plus tard, l’enfant s’est levé, a oublié la consigne ou ne sait déjà plus par où commencer. Le parent rappelle, encourage, répète. La tension monte. Et parfois une phrase finit par arriver : « Pourtant, tu sais le faire ! »
Cette scène, de nombreuses familles concernées par le TDAH la connaissent. Elle montre bien une réalité parfois difficile à comprendre : savoir faire quelque chose ne signifie pas toujours réussir à le faire au moment où on nous le demande.
À force de vivre ces décalages, l’enfant peut finir par ne plus voir seulement une difficulté d’attention ou d’organisation. Il peut commencer à penser que le problème, c’est lui. C’est là que la question de la confiance en soi devient essentielle.
Quand « savoir faire » ne suffit pas
Un enfant avec un TDAH peut connaître sa leçon et oublier une consigne quelques instants plus tard. Il peut savoir qu’il doit préparer son cartable et laisser malgré tout un cahier sur son bureau. Il peut comprendre parfaitement un exercice, mais rester longtemps devant sa feuille sans réussir à commencer.
Ce qui paraît simple de l’extérieur mobilise en réalité plusieurs compétences : se mettre en action, garder une information en tête, organiser les étapes, résister aux distractions, maintenir son attention et gérer la frustration lorsque quelque chose ne fonctionne pas comme prévu.
Bien sûr, cela ne signifie pas que chaque difficulté doit être expliquée par le TDAH. En revanche, comprendre ce fonctionnement permet d’éviter de réduire trop rapidement la situation à un manque d’effort ou de volonté.
Quand les difficultés répétées touchent l’image de soi
À l’école comme à la maison, l’enfant reçoit beaucoup de retours sur ce qu’il oublie, ce qu’il n’a pas terminé ou ce qu’il aurait dû faire autrement. Même lorsqu’ils sont nécessaires, ces rappels peuvent devenir lourds lorsqu’ils s’accumulent.
Le jeune se compare aussi aux autres. Il voit parfois un camarade terminer rapidement alors qu’il lutte encore pour se mettre au travail. Il peut avoir l’impression de fournir beaucoup d’énergie sans obtenir le résultat attendu.
Peu à peu, « j’ai oublié mon cahier » peut devenir « je suis nul ». « Je n’arrive pas à commencer » peut devenir « je suis paresseux ». Et « je me suis encore énervé » peut devenir « je suis incapable de me contrôler ».
Dans mes accompagnements, je constate souvent que le jeune sait très bien énumérer ce qu’il fait « mal », mais qu’il lui est beaucoup plus difficile de citer ses qualités ou ses réussites. C’est aussi là que le travail autour de la confiance en soi prend tout son sens.
Comprendre son fonctionnement sans s’y enfermer
Mettre des mots sur ce que vit l’enfant peut déjà changer beaucoup de choses. L’objectif n’est pas de lui dire : « Ce n’est pas grave, c’est ton TDAH », ni de supprimer les attentes. Il s’agit plutôt de l’aider à comprendre ce qui lui demande davantage d’efforts et ce qui peut l’aider.
Dire « j’ai du mal à m’organiser » est très différent de penser « je suis incapable ». Avoir besoin d’un rappel pour commencer ne signifie pas être paresseux. Et ressentir une émotion très fortement ne fait pas de l’enfant un enfant « difficile ».
Cette distinction l’aide progressivement à porter un regard plus juste sur lui-même : reconnaître ses difficultés, oui, mais sans les confondre avec sa valeur personnelle.
La confiance se construit aussi dans les petites réussites
Dire à un enfant « tu es capable » est important, mais cela ne suffit pas toujours. Il a aussi besoin de faire l’expérience de petites réussites. Commencer ses devoirs sans trois rappels, penser à préparer son matériel ou réussir à dire « là, j’ai besoin d’une pause » : ce sont parfois ces petits pas qui lui permettent de se dire, enfin, « je peux y arriver ».
C’est pourquoi des adaptations très concrètes peuvent faire une différence : découper une tâche en plusieurs étapes, donner une consigne à la fois, utiliser une checklist, rendre le temps visible, prévoir de courtes pauses ou préparer le matériel avant de commencer.
L’objectif n’est pas de faire à sa place. Au contraire, il s’agit de lui donner des points d’appui qu’il pourra progressivement s’approprier. Lorsqu’un outil fonctionne, on peut l’identifier avec lui : « Qu’est-ce qui t’a aidé cette fois-ci ? » Cette question l’amène à devenir acteur de ses propres stratégies.
Ne pas regarder uniquement ce qui ne fonctionne pas
Quand le quotidien est compliqué, il est naturel que l’attention des adultes se porte sur ce qu’il faut corriger : le devoir non terminé, l’affaire oubliée, la chambre à ranger, le rendez-vous auquel il faut penser.
Pourtant, il est tout aussi important de rendre visibles les progrès. Un jeune qui pense seul à utiliser sa checklist, qui réussit à demander de l’aide avant de se décourager ou qui trouve une autre manière de résoudre un problème est déjà en train de développer des compétences.
Il faut également lui laisser la possibilité de parler de ce qui fonctionne bien chez lui. Créativité, humour, curiosité, sensibilité, imagination, persévérance, énergie, passions, capacité à trouver des solutions : le TDAH ne résume jamais une personne.
Identifier ses forces ne consiste donc pas à nier ses difficultés. Cela permet simplement de remettre celles-ci à leur juste place dans une image de soi plus complète.
Et quand les émotions débordent ?
Les difficultés répétées peuvent provoquer de la frustration, du découragement, de la colère ou parfois de l’anxiété. Un enfant qui a déjà vécu plusieurs situations d’échec peut arriver devant un exercice en pensant d’avance qu’il n’y arrivera pas.
Dans ce moment-là, lui demander uniquement de « se concentrer » risque de ne pas suffire. Il peut d’abord avoir besoin d’identifier ce qui se passe : « Qu’est-ce que je ressens ? Où est-ce que je le sens dans mon corps ? Qu’est-ce qui m’a fait monter aussi vite ? De quoi ai-je besoin maintenant ? »
Apprendre à reconnaître ses émotions et expérimenter différents moyens de retrouver son calme fait donc aussi partie du chemin vers l’autonomie. Attention, organisation, émotions, apprentissages et confiance en soi sont souvent étroitement liés dans le quotidien.
Trouver les outils qui correspondent au jeune
Il n’existe pas une méthode qui fonctionne pour tous les enfants avec un TDAH. Certains auront besoin de visualiser les étapes. D’autres auront besoin de bouger, de fractionner davantage une tâche ou de rendre le temps plus concret. Un outil très efficace pour un enfant peut ne pas convenir à un autre.
C’est pour cette raison que j’accorde une place importante à l’observation et à l’expérimentation : essayer, regarder ce qui aide réellement, ajuster, puis permettre au jeune de se constituer progressivement sa propre boîte à outils.
Ce n’est pas au jeune de s’adapter à une méthode toute faite ; c’est à l’accompagnement de pouvoir s’adapter au jeune.
Du « je n’y arrive pas » au « je n’y arrive pas encore »
Accompagner un enfant ou un adolescent avec un TDAH ne consiste pas seulement à l’aider à mieux s’organiser ou à rester attentif plus longtemps. C’est aussi l’aider à comprendre qu’une difficulté ne définit ni son intelligence, ni ses capacités, ni ce qu’il pourra devenir.
Lorsque le jeune comprend mieux son fonctionnement, repère ce qui l’aide et prend conscience de ses ressources, son discours peut progressivement évoluer.
« Je n’y arrive pas » peut alors devenir « je n’y arrive pas encore ».
Ce petit mot ne supprime pas les difficultés. Mais il laisse une place à l’apprentissage, aux essais, aux progrès et, surtout, à la confiance.
À propos de l’autrice
Nadège Maréchal est thérapeute en accompagnement des émotions et coach spécialisée TDAH, DYS et HPI. Fondatrice de L’Îlot des Émotions à Cholet, elle accompagne les enfants, les adolescents et leurs familles autour des émotions, de la compréhension de leur fonctionnement, de l’autonomie et de la confiance en soi.
L’Îlot des Émotions – www.lilotdesemotions.fr
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